Du nouveau dans le classement des hôtels au Maroc

Du nouveau dans le classement des hôtels au Maroc

Tout semble indiquer que le ministère du tourisme est décidé à toiletter les critères de classement des établissements touristiques. Ce chantier n’est pas de trop car la catégorie affichée par les établissements hôteliers, entre autres, ne reflète pas toujours les équipements et la qualité de services qu’ils sont censés offrir.

Avec un même nombre d’étoiles, les hôtels locaux sont souvent en dessous des standards des pays proches, européens en particulier. Un texte de loi est aujourd’hui en préparation avec pour objectif premier d’aligner les hôtels sur les normes internationales et particulièrement celles des pays concurrents. Pourtant, il n’existe pas de vide juridique, et la réglementation en matière de classement des établissements touristiques est plutôt fournie et assez récente.

Une législation fournie et récente existe pourtant Il y a d’abord la loi 6100 du 15 août 2002 qui définit grossièrement les catégories d’établissements touristiques. Celles-ci sont au nombre d’une douzaine allant de l’hôtel proprement dit au centre ou palais des congrès en passant par le gîte, le restaurant ou le relais. La loi, qui comprend des dispositions relatives à l’exploitation, aux sanctions et à la représentation professionnelle, a été complétée par le décret d’application du 9 octobre 2002 qui classe les hôtels en 6 catégories (de 1 à 5 étoiles et luxe), les résidences touristiques et les villages de vacances en trois catégories, et même les restaurants qui peuvent arborer une, deux, trois fourchettes, ou le label luxe. Enfin, il y a l’arrêté du ministre du tourisme du 4 mars 2004, un pavé de près de 150 pages qui définit jusqu’au moindre détail les critères et normes de classement ainsi que les équipements obligatoires dont doit disposer l’établissement.

Dans le décret d’application, il est précisé qu’un établissement est soumis à un classement provisoire, prononcé par le wali de la région en même temps que l’autorisation de construire, délivrée après avis d’un comité technique, et d’un classement d’exploitation prononcé par le même wali après avis de la commission régionale de classement.

Malgré tout cet arsenal juridique, le problème réside, encore une fois, dans l’application de la loi mais aussi dans les failles et les imprécisions aujourd’hui exploitées par certains professionnels. Le ministère doit, certes, refondre les textes pour remédier à ces failles mais le plus important sera de les faire appliquer. Pour cela, il s’agira surtout de revoir le fonctionnement des commissions régionales de classement et de durcir le contrôle et les sanctions.

Une demeure familiale, à Salé, et sa relation historique à la ville

Enseignante et Directrice de l’Institut des études hispano-Lusophones, Oumama Aouad Lahrach nous ouvre, au cœur de la médina de Salé, les portes de sa demeure familiale. C’est dans ce microcosme relié à l’histoire de la ville qu’a pris naissance sa relation à la littérature, aux autres et au monde. Oumama Aouad revendique les dimensions culturelles multiples de sa marocanité et ne cesse d’œuvrer à la construction des liens entre l’Espagne, le continent sud-américain et le Maroc.

Une demeure familiale, à Salé, et sa relation historique à la ville

« C’est une maison qui date du siècle dernier, au début des années trente. Mon grand-père en était le propriétaire. Mais ce fut mon père qui en conçut le plan et la décoration et supervisa les travaux. C’est la maison qui m’a vu naître, où je me suis mariée et où s’est éteint mon père. Il était l’âme de cette maison et l’un de ses derniers habitants. Elle est pleine de souvenirs de famille qui se mêlent à des souvenirs historiques. Elle a un poids dans l’histoire de la ville. Des choses importantes se sont passées ici. Son architecture est traditionnelle, mais très originales pour l’époque. On y retrouve l’esthétique de la demeure arabo-musulmane, repliée sur elle-même, secrète, avec le style arabo-andalou parvenu ici par un phénomène d’aller retour. Dans les années vingt, le style sévillan était à la mode. La maison est typiquement patriarcale par sa structure. Édifiée sur une vaste superficie, elle est composée d’appartements indépendants et d’annexes pour chaque famille nucléaire. On y retrouve le patio et les salons constituant ce que l’on appelle ad-dar, le noyau central de la demeure. Le salon principal brille par le faste des zelliges de ses murs et par les splendides vitraux des fenêtres qui donnent sur le patio. Sa décoration est d’une remarquable inspiration nasride. Tous les murs sont traversés par des frises de zellige, bordées d’une inscription en calligraphie andalouse, devise de la dynastie nasride « La Ghaliba illa Allah » « Dieu seul est vainqueur », Un texte qui reproduit le modèle original, celui de l’Alhambra, et se prolonge dans le temps et dans l’espace. Quelle ne fut ma surprise lorsque je reconnus dans une station chic de Buenos Aires, les mêmes frises de zellige que celles de cette maison, inspirées de l’Alhambra. Les maîtres artisans qui en travaillèrent le stucage étaient des Portugais, le maître Ramirez et son fils. Dans cette maison habitait la grande famille, mon grand-père avec ma grand-mère, mon père, ses sœurs … Toutes les rencontres de famille, les fêtes, les cérémonies y avaient lieu. C’est à travers cette maison, et en elle, que me sont parvenus les échos et les reflets de l’histoire ancienne et récente de Salé. Ils me sont parvenus dans le miroir de l’histoire de mes ancêtres qui ont collaboré aux heures de gloire de l’histoire de Salé, en tant que guérilleros de la mer d’abord, puis comme érudits et cadis, jurisconsultes. Des événements qui ont marqué l’histoire de la famille et de la ville, j’en citerais deux. Le premier, hautement significatif, a lieu en 1947, lorsque le Roi Mohammed V lance un appel à la scolarisation des Marocains et des Marocaines et charge sa fille, Lalla Aicha, d’exhorter les fillettes et les femmes à prendre le chemin de l’école et d’ôter le voile, prenant exemple sur la princesse elle-même. Sous l’égide de son père, elle entreprend une campagne de sensibilisation dans quelques villes importante : Fès, Casablanca, Marrakech, Tanger et Salé. C’est dans le patio de la maison de mon grand-père que Lalla Aïcha a lu ce discours devant une assemblée d’illustres personnalités slaouies. Ce que mon père nous racontait, c’était la présence incognito du Roi et de ses fils, parmi lesquels le futur Roi Hassan II. Ils étaient entrés par la porte de service et s’étaient réfugiés à l’étage où mon père ainsi que d’autres membres de la famille les ont accueillis.

À travers les jalousies, ils regardaient sans être vus, occupant ainsi le lieu traditionnellement réservé aux femmes. L’autre fait marquant, à mes yeux, et dont la maison a été le théâtre, est une réunion internationale des représentants des Partis communistes en 1967.
Grâce à un cousin de mon père, membre du Parti communiste marocain, la rencontre eut lieu à la maison. Parmi les participants, le grand écrivain cubain Alejo Carpentier, qui venait de Paris où il représentait le gouvernement castriste. Mais ce n’est que-quelques années plus tard, lorsque j’étudiais à Paris, que je compris qui était Alejo Carpentier. »

Ryad Andalous à Salé Maroc

Le ryad andalous à Salé Maroc

« La solitude et l’intimité, voilà ce que je cherchais dans la vaste maison de Salé. Je les trouvais dans le ryad, un jardin d’inspiration andalouse, une miniature en quelque sorte du Jardin des Oudayas, à Rabat. Dans le salon du pavillon se trouvait une bibliothèque où mon grand-père, puis mon père, gardaient la version originale et en langue française du Kitab el-Istiksa de l’historien slaoui Ahmed Naciri. C’est là que j’ai commencé à lire la littérature française. Nous sommes une famille d’érudits. Mon père était un amoureux fou de la littérature française, il avait étudié à la Sorbonne, enseignait aux Langues O à Paris et il avait une très belle collection de classiques. Beaucoup de choses se sont perdues. Je me rends compte que même pour l’histoire de la ville de Salé, on n’a pas gardé des documents de famille. Il y a toute une histoire qui reste à reconstruire et parfois même, par l’imaginaire. On n’a plus rien. On a coupé ces fils. C’est dans cette maison que s’est construite ma relation au monde et aux autres. Un ancrage spatial et familial. Un ancrage qui ne m’étouffe pas.

Mais ma relation au monde, c’est aussi la littérature. Je pense que mon destin personnel s’est tracé ici. J’ai toujours adoré la littérature, d’abord française, puis espagnole. Je n’ai appris l’espagnol qu’à l’âge de quinze ans. Tout le monde apprenait alors l’anglais, je voulais faire de l’espagnol. J’ai découvert, au-delà de la langue espagnole, un continent, l’Amérique Latine. Un continent qui était complètement inconnu au Maroc.

La littérature française a toujours été ma passion, mon autre grande passion allait être l’Amérique Latine. Je pense qu’il y’a un lien entre Salé et l’Amérique Latine. Alors, j’ai jumelé la ville de Salé avec une ville mexicaine, celle de Tlaxcala, une ville qui ressemble à Salé dans la mesure où c’est une ville très indépendante. Elle a eu son époque de gloire. Aujourd’hui, elle est beaucoup moins connue, mais à l’époque quand les Espagnols sont arrivés, les habitants de Tlaxcala étaient comme les Salétins, des guerriers nobles et très indépendantistes. Je suis assez fière qu’à Tlaxcala il y ait une place qui s’appelle « La Place du Maroc» avec un drapeau. C’est la beauté et la splendeur de l’humanité, de savoir qu’on partage beaucoup de choses avec des peuples très lointains. »

L’esplanade de la Grande Mosquée et la Médersa Abou L’Hassan

L’esplanade de la Grande Mosquée et la Médersa Abou L’Hassan

«La Médersa est un des joyaux de l’esthétique de l’architecture mérinide. Elle a été restaurée. Les médersas ont été construites surtout par les Mérinides car c’est quelque chose qui vient surtout de l’Orient islamique. On raconte que Sidi Ben Achir, saint patron de la ville de Salé, originaire de la ville de Jimena, dans la région de Cadix, avait été contacté par le Roi Abou L’Hassan. Et comme c’était un mystique assez solitaire, il avait refusé de le voir. Il lui avait envoyé une recommandation « Construisez des médersas », C’est peut-être une légende, mais j’aime cette histoire.

Les Salétins ont toujours mis l’éducation et le savoir au dessus de la politique ou de la gloire. Sidi Ben Achaïr est une figure emblématique de l’esprit de Salé, un peu farouche, mystique, savant. Cette médersa a une dimension très humaine. Elle nous rappelle ce que signifie de promouvoir le savoir. Cet esprit et cette esthétique m’ont accompagnée dans tout ce que je fais, dans mes projets personnels et académiques. Le dernier en est l’institut des études hispano-lusophones. »

Le saint patron de la ville de Salé

Le saint patron de la ville de Salé

- Il y a deux saints patrons à Salé, Sidi Abdellah Ben Hassoun, le patron des cierges, et Sidi ben Achir, un médecin, une sorte de psychiatre qui soignait surtout les troubles nerveux. C’est du marabout du premier que part la procession des cierges de Salé. Pour les cérémonies de mariage, on venait demander sa bénédiction. Il y a un côté plus festif, plus connu, mais il est moins emblématique de la ville de Salé. Pour moi, le médecin et mystique Sidi ben Achir est beaucoup plus symbolique de ce qu’était et de ce que continue d’être Salé. L’esprit salétin est un peu celui d’une grande réserve, de beaucoup d’orgueil et de fierté, mais aussi de nostalgie d’une gloire perdue. L’époque de gloire de Salé, c’est celle de la course, Deux moments important signeront la fin de cette gloire: la création du port d’Essaouira et le choix de Rabat au temps du Protectorat français.

Le réaménagement des rives du Bou Regreg changera peut-être la situation, Le marabout de Ben Achir est en bord de mer. Sa première vocation était les soins des troubles mentaux et nerveux. Le « sanctuaire-maristan» (ou hôpital) attire encore aujourd’hui des pèlerins en quête de soulagement aux souffrances de leur âme. Ma grand-mère paternelle souffrait de troubles nerveux et elle venait faire parfois des cures dans cet asile. Nous venions lui rendre visite quand on était enfant, je voyais l’asile. Sidi ben Achir était également le saint patron des corsaires. »

Le cimetière juif à Salé Maroc

Le cimetière juif à Salé

« Par mon père, mon grand-père, ma famille, des valeurs extrêmement fortes m’ont été communiquées. Je le dois aussi à l’école française qui était multiethnique. Je ne comprenais pas qu’on puisse être anti-chrétien, anti-juif… jamais la confession ou la nationalité n’entrait en jeu. Ma meilleure amie était une juive. La modernité, c’est le vécu d’une ville.

Quand on prend Salé jusque dans les années cinquante, c’était une ville multiethnique. Il y avait une cohabitation conviviale entre musulmans, chrétiens et juifs. Mon père, qui était très indépendantiste, qui a fait la prison durant l’occupation française, était très francophile. Mon arrière-grand-père, qui était le grand cadi de la ville de Salé – une véritable institution -, Hajj Aouad, était lié d’une amitié indéfectible avec le grand Rabbin de Salé, le Rabbin Raphaël Ankaoua. Ils se consultaient, se présentaient les vœux pour les fêtes religieuses. J’ai compris aussi pourquoi on peut être héritier de certaines valeurs. Ça représente pour moi une quête postérieure. Comprendre ce qui se passe dans le monde à travers mon vécu et mon prisme à moi. Ce saint était vénéré autant par les juifs que par les musulmans. C’est une revendication de ces valeurs qui sont les nôtres. Je ne suis en contradiction ni avec ma marocanité, ni avec mon appartenance à la Méditerranée ni à celle des pays du Nord. On peut rappeler qu’il y a eu des difficultés à vivre ensemble durant certaines époques, mais sans oublier de dire que dans le quotidien, il se passait des choses fabuleuses dans le partage. Il ne faut jamais oublier ce qu’on est aujourd’hui en tant que Marocain, c’est une histoire complexe faite de mélanges. »

L’Institut des études hispano-Iusophones

L’Institut des études hispano-Iusophones

« L’institut, qui relève de l’Université Mohammed V de Rabat, a pour vocation d’être une fenêtre sur le monde hispanique et lusophone. L’idée de créer cet institut est née à la suite d’un travail réalisé au département d’espagnol, d’une unité de formation et de recherche sur Al Andalous et d’un travail fait en coopération avec des personnes des pays concernés pour fédérer tout le travail de recherche et d’études qui se fait dans tout le Maroc avec ces pays.

Par le biais de rencontres, de publications, de recherche et de contribution à la formation des chercheurs et des étudiants. Une petite équipe travaille avec beaucoup de conviction et de passion. Je ne voulais pas continuer avec cette idée que l’université, c’est l’austérité avec des conférenciers qui font des conférences ex-cathedra. C’est en fait, l’esprit de partage avec les autres et une ouverture scientifique, humaine et festive. »

Le Donjon des Pleurs « Borj Adoumoue »

Le Donjon des Pleurs « Borj Adoumoue »

« L’histoire de Salé est très liée à l’histoire d’Al Andalous. Au XIIIe siècle, les troupes d’Alphonse X occupent un mois durant la ville de Salé, la pillent et laissent un lourd bilan.
Alphonse X, très influencé par la civilisation arabo-musulmane, avait aussi des velléités d’occupation. La fortification a été construite à la suite de l’occupation. Cet épisode aura deux importantes répercussions. Les Slaouis renforcent leurs relations avec les musulmans d’Espagne. Et se sachant objet de convoitise des pays du nord, par sa position maritime stratégique, Salé se prépare pour le djihad, la guerre sainte.