Ryad Andalous à Salé Maroc

Le ryad andalous à Salé Maroc

« La solitude et l’intimité, voilà ce que je cherchais dans la vaste maison de Salé. Je les trouvais dans le ryad, un jardin d’inspiration andalouse, une miniature en quelque sorte du Jardin des Oudayas, à Rabat. Dans le salon du pavillon se trouvait une bibliothèque où mon grand-père, puis mon père, gardaient la version originale et en langue française du Kitab el-Istiksa de l’historien slaoui Ahmed Naciri. C’est là que j’ai commencé à lire la littérature française. Nous sommes une famille d’érudits. Mon père était un amoureux fou de la littérature française, il avait étudié à la Sorbonne, enseignait aux Langues O à Paris et il avait une très belle collection de classiques. Beaucoup de choses se sont perdues. Je me rends compte que même pour l’histoire de la ville de Salé, on n’a pas gardé des documents de famille. Il y a toute une histoire qui reste à reconstruire et parfois même, par l’imaginaire. On n’a plus rien. On a coupé ces fils. C’est dans cette maison que s’est construite ma relation au monde et aux autres. Un ancrage spatial et familial. Un ancrage qui ne m’étouffe pas.

Mais ma relation au monde, c’est aussi la littérature. Je pense que mon destin personnel s’est tracé ici. J’ai toujours adoré la littérature, d’abord française, puis espagnole. Je n’ai appris l’espagnol qu’à l’âge de quinze ans. Tout le monde apprenait alors l’anglais, je voulais faire de l’espagnol. J’ai découvert, au-delà de la langue espagnole, un continent, l’Amérique Latine. Un continent qui était complètement inconnu au Maroc.

La littérature française a toujours été ma passion, mon autre grande passion allait être l’Amérique Latine. Je pense qu’il y’a un lien entre Salé et l’Amérique Latine. Alors, j’ai jumelé la ville de Salé avec une ville mexicaine, celle de Tlaxcala, une ville qui ressemble à Salé dans la mesure où c’est une ville très indépendante. Elle a eu son époque de gloire. Aujourd’hui, elle est beaucoup moins connue, mais à l’époque quand les Espagnols sont arrivés, les habitants de Tlaxcala étaient comme les Salétins, des guerriers nobles et très indépendantistes. Je suis assez fière qu’à Tlaxcala il y ait une place qui s’appelle « La Place du Maroc» avec un drapeau. C’est la beauté et la splendeur de l’humanité, de savoir qu’on partage beaucoup de choses avec des peuples très lointains. »